LA RSE OU COMMENT REDONNER DU SENS A L’ENTREPRISE ! CONCILIER SENS ET PERFORMANCE ECONOMIQUE

Mis à jour : 5 août 2019



L'Ambassade de Bretagne, restaurant Marseillais vient d’être le premier à obtenir le label RSE Lucie26000 (*) en France, démontrant par ses bonnes pratiques que l’on peut concilier sens, performance économique, et impact social.

Le Plan d’Action pour la Croissance et la Transformation des Entreprises (PACTE), a été voté à l’Assemblée Nationale le 9 octobre 2018, et passera devant le sénat en janvier 2019. La loi Pacte ajoute un alinéa au Code civil par lequel l’entreprise doit être "gérée dans son intérêt propre, en considérant les enjeux sociaux et environnementaux de son activité". Ce qui signifie que les dirigeants doivent tenir compte, en amont, de l’impact d'une décision en matière sociale et environnementale. La loi permet aux sociétés d’inclure dans leurs statuts une "raison d'être", donc indépendamment de la répartition des bénéfices. Ce qui est assurément nouveau et fédérateur. Le texte crée donc un nouveau statut d’entreprise à mission. La RSE, Responsabilité Sociétale de l’Entreprise, est très souvent perçue comme non prioritaire, coûteuse, taxée d’affichage. Les risques de « greenwashing » ou « social washing » sont souvent cités.

Voici l’histoire d’une PME innovante, qui vit la RSE au quotidien, par des actions concrètes, et réussit.

Le secteur de la restauration est soumis aujourd’hui à de multiples mutations, sur les plans écologiques, sociaux, environnementaux, et économiques. Les médias nous annoncent quotidiennement que le secteur peine à recruter. On déplore ces milliers d’emplois non pourvus et le pseudo manque d’intérêt pour cette profession. Alors comment l’Ambassade de Bretagne, petit restaurant élégamment installé dans les docks de Marseille, servant environ 200 couverts par jour, réussit-elle à fidéliser son personnel, ses fournisseurs et ses clients ?


LES VALEURS A LA BASE DU MANAGEMENT Le créateur a su très tôt identifier les valeurs que son établissement porte : Respect, Solidarité, Progrès, Honnêteté Ces valeurs se déclinent


1) DANS LE CONCEPT : Valoriser le patrimoine culinaire de la région Bretagne, le renouveler sans le dénaturer. Concrètement, cela veut dire - - Sélectionner les bons produits du terroir Breton - Connaitre ses fournisseurs, les accompagner si nécessaire, prendre en compte leurs recommandations, les rémunérer au prix juste, et non au plus bas - Proposer des produits de grande qualité, issus de petits producteurs locaux. La présentation des fournisseurs et de leurs produits enrichissent la carte. - Offrir la meilleure expérience client : service exemplaire, plats de qualité, bon rapport qualité-prix, plats créatifs. Un service souriant parce que les employés se sentent bien, et non parce qu’on les oblige à sourire et adopter une «positive attitude» qui ne repose sur rien. - Etre créatif, tous ensemble : à la carte, on trouve des galettes, 100% blé noir de Bretagne sans gluten. Sont aussi proposés des plats qui renouvellent le terroir sans le dénaturer : poulet au chouchen, magret de canard au caramel salé, pommes et griottes à l’eau de vie de cidre du Manoir du Kinkiz… Ce qui est intéressant : l’équipe est invitée à créer un plat du jour original, selon les arrivages, à le goûter et faire goûter par tout le personnel avant de le proposer à la carte. Un brief de l’équipe salle a lieu avant le service, pour que le plat puisse être valorisé auprès des convives. - Innover en permanence. Exemple : acheter une nouvelle machine à café, professionnelle, plus respectueuse de l’environnement, sourcée sur le salon « Sirha green » de Lyon (salon BtoB autour de la responsabilité sociale et environnementale dans le secteur hôtellerie restauration). - Créer une expérience qui a du sens ! L’entreprise crée de la valeur ajoutée, pour elle, et pour ses parties prenantes, avec une vision holocratique.


2) DANS LE MANAGEMENT DES RICHESSES HUMAINES. Sur ce socle des valeurs, une pyramide a été créée, et est devenue un véritable outil de gestion RH : o Savoir-être et Savoir-faire o Déléguer, Apprendre et contrôler o Manager o Être autonome dans le cadre des règles fixées par la Direction. Cet outil est utilisé lors du recrutement. Il est décliné en sous-thèmes, et surtout il est réellement appliqué. A chaque formation suivie, le collaborateur grimpe d’un échelon dans la position. Les règles sont simples et claires. Chaque personne sait dès l’entretien de recrutement quelles tâches elle devra effectuer, quelles responsabilités elle assure. Ces fiches simplifient considérablement le processus de recrutement et permettent de vérifier l’adéquation de la personne au poste. La créativité est encouragée. Des cours de théâtre et d’improvisation sont proposés, puisque le service en salle est aussi une scène sur laquelle s’exprimer ! Le management est bienveillant, et les succès sont valorisés. Une collaboratrice confiait ainsi qu’elle ne pouvait envisager un avenir ailleurs. Se sentir accompagnée, écoutée, valorisée, formée, autonome, et utile, sont les raisons pour lesquelles elle, comme l’ensemble du personnel, reste fidèle. Depuis des années, avec le sourire. Un exemple très simple : les pourboires sont équitablement répartis entre salle et cuisine, car la restauration est d’abord un travail d’équipe. Simple, oui, mais il fallait y penser ! Malgré sa petite taille, la Direction du restaurant ose tout : proposer d’accueillir une quinzaine de stagiaires de 3ème, embaucher une jeune femme enceinte et qui le dit sincèrement, au moment de l’entretien de recrutement (quoi de plus normal qu’avoir un bébé, même lorsque l’on a un service en salle ?), promouvoir cette même jeune femme au rang de Directrice régionale 3 ans après, et innover en permanence sur tous les plans.

Résultat : Des équipes motivées, impliquées, appelées à démontrer leur savoir-faire, et une interaction appréciée avec les clients. Certes, être éthique, respecter ses convictions, a un coût. Nous savons tous que la pratique de rémunérer les employés du secteur restauration, en partie de la main à la main est encore assez répandue…. Et ce n’est d’ailleurs pas le seul secteur. Ce coût se répercute nécessairement sur les prix de vente, pour quelques euros de plus. Mais l’on comprend ici que la RSE apporte bien plus qu’elle ne coûte. Être utile oui, pas seulement pour son entreprise, mais aussi à l’extérieur comme nous allons le découvrir.


3) EN EXTERNE. Avec les fournisseurs Tous les ans, 1 collaborateur volontaire part avec le gérant en Bretagne, pour visiter les fournisseurs et comprendre leurs produits et façons de travailler. Ici encore, on retrouve la volonté d’impliquer les salariés, de les former, de les valoriser, et d’interagir.

Avec le territoire

Contribuer au développement socio-économique du territoire, c’est s’impliquer dans la création d’emplois sur le territoire d’implantation, développer les compétences et impliquer ses salariés dans la démarche.

Des partenariats sont noués avec de nombreuses institutions et écoles locales, tels que « Emploi d’avenir, Entreprises et Quartiers », l’Ecole de la Deuxième Chance, Pôle Emploi… Des exemples concrets ? - l’engagement d’accueillir jusqu’à 14 stagiaires de « Dégun sans stage » (Dégun = personne en marseillais !). - Lorsque la Charte de la diversité propose de tester le parcours adapté du MUCEM (musée), avec une personne en situation de handicap visuel, la Direction propose à des personnes de son équipes de s’investir aussi. - Les collaborateurs sont invités à passer de recrutés à recruteurs. On leur propose de faire passer eux-mêmes les simulations d’entretien, ce qui leur permet de monter en compétences.

La RSE, c’est aussi partager ses bonnes pratiques et ses outils pour contribuer ensemble à un monde meilleur, et l’Ambassade de Bretagne, qui vient d’obtenir le label RSE « LUCIE », ISO 26000, en est un bon exemple. Le label vient identifier, structurer, vérifier et valoriser les pratiques RSE. Cela signifie surtout que tout est mis en œuvre pour s’améliorer en permanence, car il reste encore beaucoup à faire.


LA RSE, C’EST L’HUILE DANS LES ROUAGES DE L’ENTREPRISE. ET C’EST JUSTE…. INDISPENSABLE !

La RSE n’est pas un affichage, ni un pansement que l’on applique sans s’attaquer aux vrais problèmes, de l’intérieur. Les actions doivent correspondre, les valeurs doivent être en accord avec le business model et le sens donné aux collaborateurs. Et ce en amont des décisions, jusqu’au bout de la chaine, en intégrant les parties prenantes.

C’est aussi anticiper les risques : Exemple : le départ d’un employé recruté et formé, le départ d’un fournisseur qui ne veut plus travailler avec votre entreprise, La gestion d’une situation

de crise.

Être utile aux autres, c’est rejoindre une cause qui dépasse l’entreprise. L’absence d’impact sur le territoire a un coût, pour toute la société. Ce qui importe aujourd’hui, c’est non seulement créer de la valeur, mais aussi de la partager.

(*) Le Label Lucie est aligné sur le référentiel exigeant ISO 26000, pour évaluer, développer et valoriser les actions et engagements RSE des organisations. La garantie de crédibilité de l’engagement est assurée par des organismes évaluateurs tels que: Bureau Veritas ou VIGEO EIRIS, ainsi que par un comité de labellisation bénévole indépendant expert en RSE.

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